Vijay Iyer appartient à cette nouvelle génération de pianistes dont on a l’impression qu’ils ont deux cerveaux, un pour chaque main, tant leur indépendance à tous niveaux – rythmique, harmonique, polyphonique, d’écoute – est poussée à l’extrême. Est-ce étonnant de la part d’un musicien qui a commencé par faire des études de physique et de mathématiques, et qui a choisi de faire mûrir son jeu avant de se lancer dans la carrière de pianiste de jazz, à l’âge de trente ans ?
Pour nourrir son approche musicale, le new yorkais a interrogé ses racines indiennes. Rien de folklorique pourtant. Car Iyer et ses partenaires ont aussi beaucoup écouté Steve Coleman et des expérimentateurs du jazz tels Ellington ou Threadgill, sans pour autant renier la pop de leur époque. Il en résulte un jeu anguleux qui s’ingénie constamment à cacher des lignes mélodiques pourtant chantantes sous des couches polyphoniques complexes. Complété par une rythmique télépathique (rappelons que Marcus Gilmore est le petit-fils de Roy Haynes), le pianiste a constitué un des trios les plus prisés de la scène mondiale actuelle.